Créée en 2022 pour fédérer les étudiants miniers, l’Amicale des étudiants miniers du Burkina (AEM-BF) s’est imposée comme un acteur majeur dans la défense et la promotion des intérêts des étudiants inscrits en mines et géologie au Burkina Faso. Alors que 2024 s’achève, la faitière des associations d’étudiants miniers dresse un bilan satisfaisant malgré les défis sans cesse croissants. Pour 2025, les ambitions sont grandes, avec en tête la promotion de l’employabilité des membres. Une initiative dont l’objectif est de démontrer que la formation au niveau national est d’égale valeur à celle suivi dans des écoles à l’international. Dans cet entretien exclusif, Cheick Aboubacar Zougouri, président de l’AEM-BF, revient sur leurs activités en 2024, les défis rencontrés et les projets à venir.
Comment présentez-vous l’Amicale des étudiants miniers du Burkina Faso ?
En quelques mots, je dirai que l’Amicale des étudiants miniers du Burkina Faso (AEM-BF) est un acteur crédible contribuant à l’épanouissement des jeunes dans le secteur extractif au Burkina Faso.
Pouvez-vous revenir sur l’historique de cette structure ainsi que les universités dans lesquelles elle a une représentation ?
L’Amicale des Étudiants Miniers du Burkina Faso (AEM-BF), est reconnue officiellement sous le récépissé N° : N000001 420 501 du 23 septembre 2022, et est une fédération d’associations d’étudiants des différentes universités publiques et privées qui forment des compétences dans les sciences minières au Burkina Faso. Elle a été créée le 14 février 2021 par six 06 associations et compte de nos jours (20) associations d’étudiants provenant de 20 universités.
Qui peut être membre de l’Amical des étudiants miniers du Burkina Faso ?
L’AEM essaie de regrouper les étudiants des différentes universités qui forment dans les filières minières au Burkina. Partant de là, nous avons adopté un système d’adhésion qui se fait par regroupement d’étudiants d’une filière minière d’une université. Autrement dit, pour être membre de l’AEM il faut être une association d’étudiants d’une filière minière dans une université qu’elle soit publique ou privée.
Quelles ont été les activités majeures de l’Amicale en 2024 ?
En 2024, l’Amicale s’est donnée pour ambition de favoriser l’insertion professionnelle des étudiants et jeunes diplômés du secteur minier à travers des activités ciblées. A ce titre on peut citer quelques activités majeures réalisées en 2024. Une activité qui a porté « Mines et leadership féminin ». L’initiative a créé un espace où les étudiantes et étudiants du domaine ont bénéficié d’un mentorat, des partages d’expériences inspirantes, et acquis des compétences pratiques nécessaires pour exceller dans des rôles de leadership. Plus de 150 participants ont été sensibilisés à la contribution des femmes dans le secteur minier, formés sur le leadership et la prise de parole en public, en gestion du temps et en e-commerce.
Il y a la quatrième édition du débat minier inter universitaire organisée par le CIM-ESUP-J en collaboration avec l’AEM-BF, sous le thème : « Promouvoir l’engagement des étudiants pour améliorer la formalisation du sous-secteur de l’artisanat minier au Burkina Faso ». L’objectif est de montrer l’importance de l’implication des étudiants dans la formalisation de l’artisanat minier au Burkina Faso. Ainsi, les étudiants peuvent contribuer à un secteur minier plus responsable et durable, essentiel pour le développement socio-économique du pays. Les thèmes de la grande finale et de la petite finale s’intitulaient respectivement comme suit : Les couloirs d’exploitation artisanal sont-ils la solution pour une meilleure cohabitation entre les mines et les orpailleurs ? L’étudiant minier a-t-il un rôle à jouer dans la formalisation du sous-secteur de l’artisanat minier ? Cette édition a vu la participation d’une quinzaine d’équipe et la finale a opposé l’université d’aube nouvelle bobo et INGRIDD avec aube bobo comme vainqueur de l’édition.
Le forum national de l’étudiant minier, placé sous le thème « Promouvoir l’Éducation, l’Épanouissement et l’Engagement dans le Secteur Minier », est l’une des activités majeures que nous avons organisées en 2024. Ce forum était à sa 3ème édition et constitue un rendez-vous incontournable pour la communauté estudiantine des sciences minières au Burkina Faso. Il a été partagé entre atelier de réflexions, des conférences sur des thématiques cruciales du secteur minier et une cérémonie de plaidoirie. Cette activité a réuni plus de 200 acteurs du secteur minier.
Il y a enfin les « Journées des Technologies Minières » organisées par le Club des Ingénieurs Miniers de l’Universal Institutes Mining Management en collaboration avec l’Amicale des Étudiants Miniers du Burkina. Ces journées avaient pour objectif de catalyser l’engagement des étudiants avec les dernières technologies qui propulsent l’industrie minière vers le futur. L’événement a créé un espace d’apprentissage interactif où plus de 120 étudiants ont exploré les opportunités et les défis associés à l’exploitation minière et l’évolution technologique.
Pour l’ensemble de ces activités, comment vous avez évalué leurs impacts ?
D’abord on peut dire que les formations en leadership, gestion, art oratoire et sur des thématiques techniques (ESG, fermeture de mines, éco-construction) ont permis de développer les compétences de plus de 500 participants. On peut aussi citer une visibilité et une crédibilité accrues. En effet, la participation à des forums, des conférences et audiences avec des acteurs majeurs a positionné l’AEM-BF comme un interlocuteur crédible et engagé dans le secteur minier et son développement. Il y a eu également un développement des partenariats. Les audiences et collaborations avec des structures comme Neemba, Endeavour mining, Golden Hand, Orezone, Essakane, et la Chambre des Mines etc. ont ouvert des opportunités pour des projets futurs, y compris des stages et des formations pratiques pour les membres.
Ensuite, les activités de dépistage et de sensibilisation ont eu un impact direct sur la santé et le bien-être de plus de 60 participants, renforçant le rôle social de l’AEM-BF. Enfin, il y a les formations sur les matériaux bas carbone et les webinaires sur l’ESG qui ont sensibilisé les participants sur les enjeux environnementaux et les pratiques responsables dans le secteur minier. Voici en somme ce qu’on peut dire sur les impacts constatables de nos activités en 2024.
L’AEM-BF a-t-elle atteint ses objectifs en 2024 ?
Nos objectifs étaient de contribuer à l’obtention des stages et à l’insertion professionnelle des étudiants et jeunes diplômés du secteur minier ; contribuer au renforcement de la capacité des étudiants ; faire la promotion de l’auto-emploi des jeunes à travers l’entrepreneuriat, et enfin promouvoir le genre dans le secteur minier. Au regard des résultats, on peut dire que l’AEM-BF a globalement atteint ses objectifs pour l’année 2024. En matière de renforcement des capacités, plus de 650 étudiants ont bénéficié de formations techniques, de leadership et de webinaires spécialisés, contribuant ainsi au renforcement de leurs compétences. Sur le volet insertion professionnelle, les sorties pédagogiques, les audiences stratégiques avec des décideurs et le partenariat avec BCEF ont facilité le réseautage et ouvert des perspectives pour l’accès aux stages. Concernant la promotion du genre, le Forum « Mine et Leadership Féminin » et les conférences thématiques ont mis en lumière la participation active des femmes et sensibilisé un large public. Enfin, la sensibilisation aux enjeux actuels et aux pratiques professionnelles, ainsi que la diversité des activités, ont indirectement encouragé l’entrepreneuriat et l’auto-emploi chez les jeunes. Ces actions témoignent d’une avancée significative vers l’atteinte des objectifs de l’AEM-BF pour l’année.
Et je profite remercier nos partenaires qui nous ont soutenus. Il y a le ministère en charge des Mines, NEEMBA, la Chambre des mines du Burkina, Iamgold Essakane, Endeavour Mining, West african resources, Golden hand, AFEMIB, ABSM, le BUMIGEB et j’en oublie.
Quelles ont été les difficultés rencontrées ?
En 2024, l’Amicale des Étudiants Miniers du Burkina Faso a évolué dans un contexte marqué par des défis sécuritaire, humanitaire et économique. Toutefois, ces défis n’ont pas été sans conséquences sur le secteur minier, où la principale difficulté reste liée aux enjeux de sécurité. Cette situation impacte considérablement la mobilisation des ressources financières nécessaires au financement des projets de recherche et à l’exploitation minière. Ainsi, pour l’AEM-BF on peut citer les contraintes financières, matérialisées par un budget insuffisant, une dépendance accrue aux partenaires et le manque de diversification des sources de financement. Les contraintes logistiques, à savoir le manque d’équipements, les problèmes de transport et la disponibilité des infrastructures, ont également posé des défis importants lors de la préparation et de l’exécution des activités. Enfin, la mobilisation des membres, qu’il s’agisse des membres du Bureau, de l’association ou des participants aux activités, a également été un défi constant
Ces défis sont typiques aux associations en phase de croissance, mais ils représentent également une opportunité d’amélioration et de renforcement des capacités. En développant des stratégies spécifiques pour résoudre ces problèmes (financières, logistiques, mobilisation et disponibilités), l’association peut non seulement augmenter son efficacité, mais aussi inspirer une plus grande confiance chez ses membres et partenaires.
Quels sont vos sentiers et les activités phares de votre Amicale pour 2025 ?
Depuis sa création en 2021, l’AEM-BF a bénéficié du soutien de partenaires lui permettant l’organisation d’événements marquants pour les étudiants en sciences minières. Cependant, malgré ces réussites, des défis persistent et l’un des défis majeurs demeure celui du renforcement des compétences des membres. En effet, lors de nos enquêtes de suivi des membres réalisées en 2024, nous avons collecté leurs besoins et attentes, et la demande en formation continue était récurrente.
Afin de répondre efficacement à ces besoins, nous avons établi une stratégie en deux volets pour laquelle nous sollicitons des partenariats. Il s’agit en premier du renforcement des softs skills et de l’employabilité des membres. Le second volet est le renforcement des capacités techniques des membres à travers des formations sur un certain nombre de thématiques spécifiques. En effet, le marché de l’emploi ayant subi de nombreuses mutations, ces deux axes doivent être adressés de concert. Le volet soft skills doit être renforcé pour permettre une transition sur le marché de l’emploi et permettre aux jeunes de développer des mécanismes d’adaptation. Une attention particulière sera accordée au développement personnel des étudiants afin entre autres de changer les mentalités. Une fois ces mentalités changées, l’impact des formations notamment techniques en sera décuplé. Pour le volet soft skills, nous prévoyons former 200 étudiants futurs coachs au Programme Ubuntu Re-Creation Soft Skills et Debrief RH. Ce programme prépare les jeunes à la fois émotionnellement et professionnellement pour relever les défis du marché du travail actuel.
Les formations techniques prévues, notamment sur les logiciels spécialisés comme Deswik, Surpac, et Ms Project, Power BI, l’évaluation environnementale, les métiers miniers, les métiers et l’exploitation minière artisanale ainsi que sur l’intelligence artificielle, sont stratégiques pour renforcer les compétences des membres dans des domaines techniques essentiels.
Quels sont vos rapports avec la Chambre des mines ?
Nous partageons une vision commune, avec la Chambre des mines, celle d’accompagner les jeunes étudiants dans leur formation, leur insertion professionnelle et leur contribution au développement durable. Nos rapports avec elle sont orientés vers l’intérêt des étudiants. Dans le cadre de cette collaboration, la Chambre des Mines nous accompagne dans certaines de nos activités visant à renforcer les capacités et à promouvoir l’excellence parmi les étudiants en sciences minières. Elle n’hésite pas également à nous associer à ses événements liés au secteur minier qu’elle organise, offrant ainsi aux étudiants des opportunités d’apprentissage, de réseautage, et d’exposition aux réalités du domaine.
Cette collaboration témoigne de l’engagement mutuel de l’AEM-BF et de la Chambre des Mines à bâtir une génération de jeunes compétents, engagés et prêts à relever les défis du secteur minier. Pour nous, c’est un allié essentiel pour la réalisation de nos objectifs.
Qu’en est-il de vos rapports avec les structures de la société civile et celles du secteur de l’artisanat minier ?
Nos rapports avec les structures de la société civile et celles du secteur de l’artisanat minier vont dans le même sens que ceux que nous entretenons avec la Chambre des Mines, c’est-à-dire orientés vers l’intérêt des étudiants. Pour ce qui est de ces structures, nous collaborons avec des organisations comme ORCADE, qui joue un rôle clé dans la promotion de la transparence, du développement durable, et des droits des communautés dans le secteur minier. En ce qui concerne les structures liées à l’artisanat minier, nous collaborons avec des organisations internationales comme ARM et AGC, qui accompagnent le secteur dans la formalisation et l’adoption de meilleures pratiques. Nous collaborons également avec des associations locales comme la FAMAB et l’UNAMB, qui représentent les acteurs de l’exploitation minière artisanale. Ces partenariats nous permettent de renforcer les connaissances des étudiants sur les réalités du terrain et de leur offrir des opportunités d’apprentissage et d’engagement.
Nous remercions ces structures pour leur confiance et leur collaboration, qui contribuent à enrichir nos activités et à offrir des perspectives concrètes aux étudiants dans le secteur minier.
Quels sont vos vœux à l’endroit du Ministère et des autres acteurs du secteur des mines et de la géologie au Burkina Faso ?
Nous adressons nos vœux de collaboration, d’engagement et de réussite au ministère des Mines et des Carrières, ainsi qu’à tous les autres acteurs du secteur des mines et de la géologie au Burkina Faso. Nous souhaitons que leurs efforts continuent de promouvoir une exploitation minière responsable, durable et inclusive, au bénéfice de toutes les parties prenantes, y compris les communautés locales, les artisans miniers, et surtout, les jeunes étudiants et professionnels en formation dans ce secteur.
Nous espérons également un renforcement des initiatives en faveur de la formation, de l’innovation, de l’accompagnement et l’insertion professionnelle des jeunes. Une meilleure implication des étudiants dans les projets et les réflexions stratégiques peut être un levier puissant pour construire un avenir minier prospère et adapté aux défis de notre époque. Nous appelons également à une synergie accrue entre le ministère, les sociétés minières, les organisations de la société civile et les structures artisanales afin de consolider les acquis du secteur et d’ouvrir de nouvelles perspectives surtout pour la jeunesse. Nous remercions chacun de ces acteurs pour leur contribution et leur engagement, tout en leur réitérant notre disponibilité à collaborer pour l’épanouissement des étudiants et le développement du secteur minier au Burkina Faso. Enfin, Nous adressons nos vœux de paix, de stabilité et de sécurité à notre cher Burkina Faso.
Réalisée par Sadiau de Jean



