Il y a 14 ans, Azara Sankara n’était qu’une vendeuse de Bougoudji à Houndé, dans la province du Tuy. C’est ce commerce qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille. Elle découvre l’orpaillage grâce à un client qui l’incite à rejoindre un site d’exploitation artisanale pour augmenter ses revenus. Après consultation de son mari, elle décide de tenter sa chance à Dossi, un village de la commune de Boni, où un nouveau site venait d’ouvrir. Accompagnée de sa sœur, elle se lance dans le tamisage des résidus d’or. En trois mois, elle gagne plus d’un million de francs CFA, une somme qui confirme son choix. Encouragé par ce succès, son mari la rejoint sur le site. Rapidement, le couple décide de s’installer sur un autre site à Kari, dans la commune de Houndé, où ils recrutent deux employés pour poursuivre les activités à Dossi.
À Kari, Azara fait preuve d’innovation en achetant deux moulins pour broyer le minerai, qu’elle propose à des prix concurrentiels pour attirer les clients. « Les autres écrasaient le sac de maïs à 10 000 f, je le faisais à 7 000 F pour attirer plusieurs clients », a-t-elle précisé. Son dynamisme lui permet de construire une maison à Houndé après seulement trois ans d’activité, quittant ainsi un quartier non loti pour un habitat plus confortable. Sa réussite ne s’arrête pas là. Elle élargit ses activités dans un autre village, Borré, où elle connaît le même succès. Pendant que son mari devient acheteur d’or, Azara diversifie ses sources de revenus en se lançant dans la vente de vêtements après l’arrivée d’une mine industrielle à Kari.
Des défis surmontés avec résilience
Le parcours d’Azara Sankara n’a pas été sans embûches. Elle se souvient des difficultés rencontrées sous le régime de Blaise Compaoré, où la vente des résidus d’or était limitée et risquée. Cependant, elle note une amélioration sous le régime de Roch Marc Christian Kaboré et apprécie la liberté actuelle de vendre sans entraves. Malgré tout, la sécurité reste un défi : « Parfois, il faut être protégé par des connaissances pour éviter que l’or gagné soit confisqué par d’autres orpailleurs » explique-t-elle.
En 2023, le Burkina Faso a honoré son travail acharné en la décorant au titre de meilleure artisane minière. Une reconnaissance qui l’encourage à poursuivre ses efforts : « Je remercie l’État burkinabè d’avoir reconnu mon travail. Cela me motive à exceller davantage » exprime-t-elle avec fierté. Azara plaide pour une meilleure préparation des artisanes minières à leur retraite. Selon elle, l’or étant une ressource non renouvelable, il est crucial d’enseigner aux femmes et aux jeunes des alternatives comme l’agriculture, l’élevage, la construction, ou encore le tissage. Pour sa part, elle s’est déjà diversifiée en investissant dans l’immobilier et en ouvrant des boutiques de vêtements. Elle ambitionne également d’obtenir un permis minier en 2025 et appelle à une meilleure inclusion des femmes dans l’exploitation artisanale de l’or. « Les femmes détentrices de permis sont rares dans ce secteur. Cela doit changer » insiste-t-elle. Azara Sankara est un exemple éclatant de réussite dans un domaine souvent perçu comme réservé aux hommes. Son parcours est une leçon de courage, de résilience et d’ambition pour les femmes burkinabè. À travers ses initiatives et son plaidoyer, elle incarne l’avenir prometteur de l’artisanat minier au Burkina Faso.
Modou Traoré



