Guerre en Ukraine, pilonnage de Gaza, tensions dans le Golfe et crise persistante dans l’Est de la RDC : le monde semble avoir troqué la diplomatie pour l’argument de la force. Mais derrière les discours idéologiques ou sécuritaires se cache une réalité plus froide : la course effrénée pour le contrôle des ressources stratégiques. Alors que les grandes puissances s’épuisent dans des conflits à rallonge, l’Afrique, longtemps spectatrice, se retrouve à la croisée des chemins. Entre subir le coût de la vie ou renégocier sa place sur l’échiquier mondial, le continent doit choisir son camp.
Le retour de la loi du plus fort.
Que se passe-t-il dans le monde ? L’option du règlement pacifique des différends est-elle en train d’être reléguée au second plan pour ne laisser la place qu’à l’usage de l’argument de la force ? En tout cas, l’actualité et ses événements des quatre dernières années nous fondent à penser que, de plus en plus, l’usage de l’argument de la force a pris la place de la force de l’argument. Juste quelques dates. Février 2022 (le 24), Poutine lance une « opération militaire spéciale ». Des missiles pleuvent sur l’Ukraine et, depuis lors, cela ne cesse pas. Octobre 2023, Israël débute le pilonnage de la bande de Gaza. Ce pilonnage se poursuit aujourd’hui même s’il a été relégué au second plan de l’actualité. L’arrivée aux États-Unis de Donald Trump n’a pas amélioré l’image belligérante du monde. Même si ce dernier affirme avoir mis fin à plusieurs guerres, il en a déclaré quelques-unes tout de même. La dernière en date, c’est celle contre l’Iran. Censée être, selon lui, une guerre éclair, elle se poursuit plusieurs semaines après le déclenchement des hostilités. En Asie, la Chine fait planer ses avions de chasse sur l’île de Formose (Taïwan) même si le pas n’a pas encore été franchi. En Afrique centrale, le Congo et le Rwanda restent à couteaux tirés malgré l’intervention quasi musclée de celui qui se prétend actuel maître du monde, Donald Trump. En Afrique de l’Ouest, même s’il n’existe pas de conflit armé inter-États ouvert, il faut noter que les relations diplomatiques entre anciens voisins (voire frères) sont au plus bas niveau. C’est dans ce contexte que les groupes armés terroristes tentent d’établir leur progression vers les côtes du golfe de Guinée tout en harcelant les pays du Sahel.
La guerre des ressources : le vrai moteur des hostilités
Un regard approfondi sur les causes de ces guerres, et nous découvrirons que la course aux ressources, leur contrôle et le contrôle des circuits d’approvisionnement restent les soubassements de ces confrontations. Donald Trump ne serait pas allé prendre Nicolas Maduro dans son palais si les USA n’avaient pas l’intention d’envoyer leurs multinationales exploiter le pétrole vénézuélien. Les voisins congolais et rwandais ne s’affronteraient pas si les mines de l’Est de la RDC ne garantissaient pas au Rwanda un surplus de ressources naturelles pour son économie. On le sait tous, l’Est de la RD Congo est la zone des 3T (étain, tantale, tungstène). Le Rwanda s’est positionné comme un carrefour incontournable pour les minerais sortant de l’Est de la RDC (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema). Bien que le Rwanda produise une part de ces minerais, plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations Unies indiquent régulièrement qu’une part significative de ses exportations provient en réalité de mines congolaises. Sur ce sujet, Trump n’a pas été très diplomate et a affirmé que les deux présidents lui ont fait des concessions sur leurs ressources. L’Iran, de son côté, dispose des deuxièmes réserves prouvées de gaz naturel et des quatrièmes réserves prouvées de pétrole dans le monde. Pour ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest, au-delà de ce qui peut paraître une explication religieuse, idéologique et même politique de l’acharnement des groupes terroristes sur les États, il ne faut pas négliger l’ambition que nourrissent ces groupes d’ouvrir un couloir maritime pour les besoins de leur trafic en tout genre. Il est donc établi que le monde est en ébullition et que les ressources stratégiques, leur contrôle, le contrôle des couloirs d’approvisionnement y sont pour quelque chose.
L’Afrique : de victime subissant à acteur stratégique ?
Et l’Afrique dans tout ça ? Comme nous le voyons, le monde bouge. Et nous avec ? Pas si sûr. Pour le moment, l’Afrique semble se positionner en sujet subissant les effets « des guerres des autres ». En 2022, la guerre russo-ukrainienne a eu d’énormes conséquences sur les économies nationales africaines et la secousse ressentie par le citoyen lambda est l’augmentation du coût de la vie. Celle en Iran est en train de produire les mêmes effets. Il est donc évident que ces guerres, qui peuvent nous paraître à première vue si lointaines, nous concernent d’une manière ou d’une autre.
Nous l’avons dit plus haut, le continent semble spectateur, sinon sujet subissant toute cette actualité, peut-être en dehors de l’Afrique du Sud qui a intenté une action en justice contre Israël suite aux événements dans la bande de Gaza. Le continent peut-il d’ailleurs jouer un bien meilleur rôle ? Nous pensons que oui. Les différents conflits ont l’avantage de révéler les fragilités des dites superpuissances du monde. Les guerres déclarées pour quelques semaines au départ semblent s’éterniser, ce qui indique que les forts ne sont peut-être pas si forts qu’ils ne le paraissent. En regroupement d’États (blocs) ou en individuel (pour ceux qui se sentent suffisamment forts), ces conflits offrent l’occasion de renégocier des accords, de modifier des partenariats, bref, de se repositionner.
Il y a donc une évidence : le monde bouge. Mais avec qui ???. Si l’Afrique ne veut plus être le simple amortisseur des crises mondiales, elle doit transformer ses ressources en levier de puissance. Car dans un monde où la force prime le droit, la véritable souveraineté commence par le contrôle de son propre sous-sol.
Bassana Jonas BAZIE, journaliste
(Image d’illustration générée par l’IA)

