À l’heure où les acteurs de l’artisanat minier du Burkina Faso, du Mali et du Niger s’apprêtent à se réunir en conclave, l’enjeu dépasse la simple concertation. Il s’agit de transformer un pilier économique vital, mais souvent informel, en un levier de souveraineté et de croissance intégrée pour l’Alliance des États du Sahel (AES).
Jonas Bassana BAZIE
Le secteur extractif est le poumon financier de nos États, et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les derniers rapports de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE):
• Au Niger, le secteur contribue à 19,11 % des recettes de l’État.
• Au Burkina Faso, cette part est estimée à 15,33 % pour l’année 2024.
• Au Mali, la contribution atteint un sommet de 34,8 % (données 2022).
Au-delà des grands groupes industriels, l’orpaillage s’impose comme un acteur majeur du dynamisme local. Au Mali, sur une production totale de 77,227 tonnes, l’artisanat minier en fournit 6 tonnes, pesant pour 9,2 % dans le PIB national. Au Burkina Faso, la dimension sociale est impressionnante : avec plus de 600 sites actifs(2023), l’orpaillage fait vivre directement plus d’un million de personnes.
Dans le contexte actuel de refondation et de convergence des visions politiques entre Ouagadougou, Bamako et Niamey, le sous-secteur de l’artisanat minier ne peut plus évoluer en rangs dispersés. La tenue de l’Atelier régional des artisans miniers de l’AES marque une étape historique.
L’alignement des faîtières nationales sur la vision stratégique de l’AES est désormais une nécessité impérieuse pour transformer l’or du Sahel en moteur de développement endogène. La mise en réseau des acteurs répond à trois impératifs majeurs :
1. La formalisation : Sortir les artisans de la précarité et de l’informel pour mieux sécuriser les revenus et protéger l’environnement.
2. La sécurité : Mieux contrôler les flux financiers et l’accès aux sites dans une zone en proie aux défis sécuritaires.
3. La valeur ajoutée : Mutualiser les forces pour envisager, à terme, une transformation locale de l’or au sein de l’espace communautaire.
En saluant cette initiative, il faut espérer que cet atelier ne soit pas qu’une rencontre de plus, mais le point de départ d’une structuration solide. Pour que l’artisanat minier soit réellement au service des populations de l’AES, la mise en réseau est la clé de voûte de notre résilience économique.

