Ouagadougou, le deuxième jour du Forum-Mine de la Chambre des Mines du Burkina a été consacré au thème : « Santé, Sécurité au Travail (SST) et Enjeux environnementaux pour l’artisanat minier ». À travers ce thème exclusif dédié au secteur de l’exploitation artisanal, responsables d’organisations professionnelles, représentants de l’administration minière, experts et acteurs de la chaîne de valeur de l’or artisanal ont dressé un état des lieux du secteur tout en proposant des pistes de solutions pour une exploitation artisanale plus sûre, mieux structurée et plus respectueuse de l’environnement.
Ouvrant les travaux, le président du Réseau des Artisans Miniers de l’AES (RAM-AES), Amadou Sanoussi DAFÉ, a rappelé que l’exploitation minière artisanale est aujourd’hui un moteur économique pour les pays de l’Alliance des États du Sahel. Source de revenus pour des milliers de familles, le secteur reste néanmoins confronté à des défis majeurs liés aux accidents de travail, aux maladies professionnelles, à l’utilisation de produits chimiques dangereux et à la dégradation de l’environnement.
Pour lui, la santé, la sécurité et la protection de l’environnement ne peuvent plus être considérées comme des préoccupations secondaires. Elles doivent désormais constituer les fondements d’un artisanat minier responsable. Il a ainsi plaidé pour des sites mieux organisés, la généralisation des équipements de protection individuelle, le renforcement des formations pratiques, la réhabilitation des sites après exploitation et une meilleure coordination entre les organisations d’artisans, les autorités publiques, les sociétés minières et les partenaires techniques et financiers.
Poursuivant sa communication sur le thème « Vers un artisanat minier responsable dans l’espace AES : bonnes pratiques régionales en matière de santé, de sécurité et de protection de l’environnement », Amadou Sanoussi DAFÉ a présenté la vision du RAM-AES. Celle-ci repose sur la prévention des risques, la professionnalisation des exploitants, la diffusion des bonnes pratiques et le renforcement de la coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
À cet effet, il a recommandé plusieurs actions, notamment la sensibilisation régulière des artisans aux risques professionnels, l’utilisation systématique des équipements de protection individuelle, la réduction progressive de l’usage du mercure, le balisage des zones dangereuses, la suspension des activités durant les périodes à haut risque, la réhabilitation des sites, le reboisement ainsi que la protection des ressources en eau. Il a également insisté sur le rôle stratégique du RAM-AES, appelé à devenir un cadre régional de coordination, de partage d’expériences, de plaidoyer et de renforcement des capacités des organisations nationales d’artisans miniers.
L’une des communications phares de cette deuxième journée a également porté sur la Mutuelle des artisans miniers, présentée par Mahamadou SAWADOGO, Président de l’Union Nationale des Artisans Miniers du Burkina Faso (UNAMB), avec l’appui de la juriste Dr Zainabou CISSÉ.
Les intervenants ont expliqué que cette initiative est née de la conviction que l’assainissement du sous-secteur passe d’abord par ses propres acteurs. Au-delà d’une assurance maladie et d’une assurance vie, la mutuelle ambitionne de mettre en place un fonds de garantie facilitant l’accès des artisans aux financements, d’accompagner leurs projets de vie, de prévoir des mécanismes de reconversion professionnelle pour les exploitants devenus inaptes au travail, tout en intégrant un volet environnemental destiné à soutenir les actions de réhabilitation des sites.
Le projet prévoit également un accompagnement en matière de prévention des risques, de suivi médical, de fourniture d’équipements de protection et de formation, grâce à des partenariats avec plusieurs institutions nationales et internationales spécialisées dans la promotion d’un artisanat minier responsable.
Prenant la parole à son tour, Yada Ève SANOU, représentante de la Chambre des Comptoirs d’or, a mis en lumière le rôle central des comptoirs dans la traçabilité de l’or artisanal.
Elle a expliqué que les comptoirs constituent un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement responsables en garantissant la conformité des transactions, la documentation de l’origine de l’or et le respect des exigences nationales et internationales. Les nouvelles dispositions du Code minier, combinées aux mécanismes de contrôle de l’État, visent notamment à lutter contre la fraude, les exportations illicites, le blanchiment de capitaux et le financement d’activités criminelles.
Toutefois, elle a relevé plusieurs défis, parmi lesquels le manque d’outils modernes de traçabilité, la concurrence des circuits informels, l’insuffisance de la coordination entre certaines administrations ainsi que la nécessité de renforcer la confiance entre les comptoirs et les exploitants artisanaux.
Pour sa part, Laurent Wendinmi, Directeur des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées au ministère en charge des Mines, est revenu sur les réformes engagées par l’État burkinabè à travers le nouveau Code minier.
Il a rappelé que la formalisation du secteur constitue désormais l’axe central de la politique nationale en matière d’exploitation minière artisanale. Cette réforme s’appuie notamment sur la création de coopératives d’artisans miniers, la délivrance de cartes professionnelles, la délimitation de couloirs d’exploitation artisanale, le renforcement de l’encadrement technique ainsi que l’amélioration des mécanismes de commercialisation de l’or.
Le responsable ministériel a également insisté sur les obligations imposées aux coopératives, notamment en matière de santé et sécurité au travail, de protection de l’environnement, de lutte contre le travail des enfants, de sécurisation des sites et de respect des cahiers des charges conclus avec l’administration. À ce jour, plus d’une vingtaine de coopératives ont déjà été mises en place dans plusieurs régions du Burkina Faso dans le cadre de cette dynamique de formalisation.
Au terme des différentes communications, les intervenants ont convergé vers une transformation durable de l’artisanat minier et cela passe par une meilleure structuration des acteurs, la formalisation des exploitations, le renforcement des capacités, la diffusion des bonnes pratiques ainsi qu’une coopération renforcée entre les pouvoirs publics, les organisations professionnelles, les sociétés minières, les partenaires techniques et financiers et les communautés locales.
La rédaction

