Ouagadougou accueille du 16 au 18 Décembre prochain à la salle des fêtes de Ouaga 2000, la 5e édition des journées du fournisseur minier. Une initiative portée par l’alliance des fournisseurs burkinabè des biens et services miniers (ABSM). Cette initiative vise à créer un environnement de contact direct entre les acteurs du secteur minier. En prélude à cette rencontre d’importance majeure, la rédaction du journal Le Minier est allée à la rencontre du comité d’organisation présidé par M. Wendemi Yves ZONGO. Il revient sur les innovations, les défis et perspectives liés à cette édition.
Le Minier : Présentez-nous votre structure. Qu’est ce l’Alliance des fournisseurs burkinabè des biens et services miniers ?
Wendemi Yves ZONGO : L’Alliance des fournisseurs burkinabè des biens et services miniers (ABSM) est une association créée en 2012 pour défendre les intérêts des fournisseurs locaux et promouvoir leur participation active dans la chaine d’approvisionnement minière. L’organisation regroupe plus d’une centaine d’opérateurs économiques qui travaillent à satisfaire les besoins multiples des sociétés minières au Burkina Faso.
Nos objectifs sont entre autres de représenter et défendre les intérêts des membres, défendre les intérêts des fournisseurs burkinabè, développer des compétences, des standards.
Le Minier : Quel est le thème de cette 5ᵉ édition, et pourquoi ce choix est-il particulièrement pertinent dans le contexte minier burkinabè et sous-régional ?
Wendemi Yves ZONGO : Cette année, nous avons retenu un thème d’actualité qui est : « Opérationnalisation du contenu local dans le secteur minier burkinabè : quelles stratégies d’investissement et de sécurisation ? ». Ce choix s’inscrit parfaitement dans la vision actuelle de nos plus hautes autorités : le nouveau Code minier, la valorisation des fournisseurs locaux et la protection des travailleurs évoluant dans un secteur où les risques sont élevés. Voyez-vous, au niveau sous-régional, les États cherchent aujourd’hui à mieux utiliser leurs ressources minières pour impulser leur développement. Cette ambition ne peut être atteinte sans un environnement sécurisé et des stratégies d’investissement adaptées.
Le Minier : Quelles innovations ou nouveautés les participants peuvent-ils attendre cette année par rapport aux éditions précédentes ?
Wendemi Yves ZONGO : Pour cette 5ᵉ édition, plusieurs innovations sont prévues. D’abord, nous souhaitons instaurer, dans la dynamique confédérale actuelle, un cadre d’échanges avec les associations des autres pays membres de l’Alliance des États du Sahel. Ce dialogue permettra d’explorer ensemble des perspectives de développement, de comparer les expériences et d’identifier des pistes d’amélioration des conditions de travail et de vie des fournisseurs locaux.
Ensuite, les participants pourront rencontrer des fournisseurs venus de divers horizons, notamment au niveau régional et international. Ce sera une occasion privilégiée pour apprendre de leurs pratiques, initier des rencontres B2B qui vont générer des partenariats et favoriser le transfert de technologies.
Un fournisseur qui noue des relations solides avec ses homologues nationaux ou étrangers devient un point d’accès stratégique pour la diffusion de biens et services de qualité dans les mines. Cela renforce toute la chaîne de valeur.
Le Minier : Comment les Journées du Fournisseur minier contribuent-elles concrètement à renforcer le contenu local (Local Content) dans le secteur minier burkinabè ?
Wendemi Yves ZONGO : Nous mettons en place un cadre de rencontres B2B réunissant l’ensemble des acheteurs des mines opérant au Burkina Faso. Ces acheteurs se rendent disponibles pour découvrir de nouveaux produits, de nouvelles techniques et les innovations proposées par les fournisseurs.
Ce contact direct crée un environnement favorable au développement du contenu local :
- Les fournisseurs nationaux accèdent plus facilement aux besoins des mines ;
- Le nombre de contrats locaux augmente ;
- La qualité des prestations s’améliore ;
- Le transfert de technologies s’accélère.
Ces journées contribuent donc à renforcer le tissu industriel et technique du pays, tout en favorisant l’émergence de fournisseurs capables de s’exporter demain dans d’autres pays.
Le Minier : Quelles sont les principales attentes des sociétés minières vis-à-vis des fournisseurs locaux ?
Wendemi Yves ZONGO : Il y a seize ou dix-sept ans, lorsque le boom minier a commencé en 2008, on reprochait au Burkina Faso de ne rien pouvoir fournir aux mines. Aujourd’hui, les Burkinabè sont présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur, ce qui constitue une avancée majeure.
Avec les lois n°017 et n°018 sur le contenu local et le Code minier, les sociétés minières ont désormais l’obligation de recourir davantage aux fournisseurs nationaux. Elles recherchent donc les meilleurs prestataires locaux.
Leurs attentes principales sont :
- Une amélioration continue de la qualité ;
- Le respect des standards élevés exigés dans l’industrie minière ;
- Une capacité à se regrouper ou mutualiser les compétences pour proposer des services plus structurés.
L’idée directrice est de tirer les fournisseurs burkinabè vers le haut afin qu’ils répondent aux normes internationales.
Le Minier : Pouvez-vous partager des statistiques ou des exemples de l’impact économique des précédentes éditions des journées (contrats signés, emplois créés, etc.) ?
Wendemi Yves ZONGO : Oui, les résultats sont très encourageants. En 2023, nous étions déjà à 37 % de participation burkinabè dans le contenu local, alors que l’objectif fixé pour 2025 était de 25 %. En 2024, ce taux a atteint 57 %, soit 693 milliards FCFA sur 1 001 milliards FCFA. Ces progrès montrent que nos fournisseurs se sont formés, spécialisés et professionnalisés, et qu’ils accèdent de plus en plus aux marchés miniers.
Le Minier : Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les fournisseurs burkinabè de services et biens miniers aujourd’hui (accès au financement, normes de qualité, sécurité) ?
Wendemi Yves ZONGO : Les défis majeurs sont :
- L’amélioration continue de la qualité. Les exigences des mines évoluent rapidement, ce qui nécessite une formation constante.
2- La structuration sectorielle. Nous souhaitons mettre en place des sous-groupes spécialisés au sein de l’ABSM pour mutualiser les compétences, les carnets d’adresses, les finances et favoriser le travail collaboratif. Mais la mise en cohérence reste difficile.
- Le financement.
Les banques et les assurances n’ont pas encore développé de produits adaptés aux réalités des fournisseurs miniers. Or, investir dans des machines, des équipements ou la transformation nécessite des capitaux importants et des retours à long terme.
Le Minier : Dans un contexte sécuritaire difficile, comment parvenez-vous à mobiliser les acteurs du secteur ?
Wendemi Yves ZONGO : Chaque acteur sait ce qu’il a à gagner, et le thème de cette édition suscite un réel intérêt, notamment auprès des institutions financières et des fournisseurs.
Les mines se situant elles-mêmes dans des zones complexes, les fournisseurs ont déjà développé des stratégies d’adaptation. Les mêmes méthodes sont appliquées pour garantir la réussite des Journées du Fournisseur Minier. Nous pouvons compter sur l’engagement de fournisseurs expérimentés, y compris ceux provenant des régions à fort potentiel minier.
Le Minier : Comment l’Alliance collabore-t-elle avec le gouvernement pour que le secteur minier bénéficie davantage à l’économie nationale ?
Wendemi Yves ZONGO : Nous nous réjouissons d’avoir une collaboration est franche et constructive. Tous les textes en lien avec le secteur — notamment ceux relatifs au contenu local — ont été discutés avec l’ABSM, la Chambre des Mines, la Chambre de Commerce et les sociétés minières. Le Fonds de développement du contenu local, alimenté en partie par les fournisseurs titulaires de contrats miniers, illustre bien cette synergie. Cependant, certains textes sont parfois appliqués à la lettre plutôt qu’à l’esprit, ce qui peut créer des décalages. Malgré cela, la collaboration reste dynamique et bénéfique.
Le Minier : Pour la 5e édition, tout est-il fin-prêt pour accueillir les participants ?
Wendemi Yves ZONGO : Le comité d’organisation est à pied d’œuvre pour garantir le succès de l’événement. Les différentes commissions sont opérationnelles, les campagnes de communication sont lancées, les inscriptions sont ouvertes et de nombreux fournisseurs des régions minières sont déjà enregistrés. Nous mettons tout en œuvre pour que cette édition soit une véritable opportunité d’affaires pour les mines comme pour les fournisseurs.
Le Minier : Quel message clé souhaitez-vous adresser à la jeunesse, aux investisseurs et aux acteurs du secteur minier à l’occasion de cette 5e édition ?
Wendemi Yves ZONGO : Le thème de cette édition est crucial. Si nous parvenons à mettre en place des stratégies efficaces d’investissement, de sécurisation et de gestion des risques, le secteur minier et le contenu local pourront transformer durablement l’économie nationale. Les mines ont besoin de fournisseurs de qualité proches d’elles. Les fournisseurs souhaitent que les mines s’adressent davantage à eux. Lorsque l’investissement est réalisé et la transformation encouragée, l’endogénéité devient une réalité : nous produisons burkinabè et nous consommons burkinabè dans nos mines.
Propos recueillis à Ouagadougou le 10 décembre 2025 par le Minier



