L’accès à une énergie fiable, durable et moderne reste un défi majeur pour les pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Avec une population en pleine croissance et une urbanisation rapide, les États membres sont confrontés à une demande énergétique croissante, couplée à des défis environnementaux et sociaux. Le document Perspectives Énergétiques de la CEDEAO 2024, élaboré avec le soutien de l’Union européenne à travers le Programme pour l’Amélioration de la Gouvernance du secteur de l’Energie en Afrique de l’Ouest (AGoSE-AO), se veut une boussole stratégique. Basé sur les statistiques des points focaux nationaux désignés par les ministères en charge de l’Énergie des quinze États membres, ce rapport met en lumière les réalités énergétiques de la région, avec un focus particulier sur la biomasse, source énergétique dominante et cruciale. Au sein de la CEDEAO, le Burkina Faso occupe une position centrale dans les discussions sur l’énergie, en raison de sa dépendance marquée à la biomasse et des défis spécifiques qu’il rencontre.
La biomasse, en particulier le bois de chauffage et le charbon de bois, demeure la principale source d’énergie pour une grande partie des 400 millions d’habitants de la CEDEAO. En 2021, elle représentait une part significative de la consommation finale d’énergie dans la région, atteignant 62,6 % en 2019 selon les données. Dans certains pays, comme le Burkina Faso, cette proportion dépasse les 70 %, témoignant de l’importance de la biomasse pour les besoins énergétiques domestiques et productifs. Malgré son rôle crucial, l’utilisation de la biomasse pose des défis environnementaux et de santé publique. La pression sur les ressources forestières alimente la déforestation, tandis que l’exposition prolongée aux fumées issues de la combustion affecte la santé des populations, notamment des femmes et des enfants. Aussi il y a le Rendement énergétique faible. En effet, la chaîne de valeur de la biomasse reste inefficace, avec des pertes considérables entre la production, la transformation et la consommation. En réponse, la CEDEAO, dans le cadre de sa Politique énergétique actualisée adoptée en 2023, a fixé des objectifs ambitieux de substitution de la biomasse par des énergies modernes et propres, comme le GPL, le biogaz et l’électricité.
La biomasse : une dépendance énergétique marquée
Au Burkina Faso, la biomasse représentait 73,6 % de la consommation finale totale d’énergie en 2020, témoignant de sa place centrale dans l’économie énergétique nationale. Cette dépendance est accentuée par des ressources limitées en énergie moderne et un faible taux d’accès à l’électricité, en particulier en milieu rural. Le bois de chauffage est le combustible le plus consommé, constituant 76,2 % de l’énergie finale issue de la biomasse. Dans les zones rurales, où vivent plus de 70 % de la population, il est utilisé pour la cuisson et le chauffage. En milieu urbain, le charbon de bois domine, répondant à 90 % de la demande énergétique des ménages, contre seulement 5 % pour le bois de chauffage. Cette forte consommation domestique alimente une pression croissante sur les ressources forestières, exacerbant la déforestation. La disponibilité décroissante du bois et les coûts croissants du charbon de bois constituent un défi majeur pour les ménages les plus vulnérables. Plusieurs études, notamment celle de Sana et al. (2020) menée à Ouagadougou, révèlent que les choix énergétiques des ménages burkinabè dépendent de facteurs socio-économiques et culturels. En effet, les ménages à faibles revenus dépendent davantage du bois de chauffage et du charbon de bois, faute d’accès au gaz ou à l’électricité. Ensuite les familles nombreuses et les ménages ruraux restent attachés aux pratiques traditionnelles, influencées par la disponibilité locale des ressources. Et enfin, l’accès limité au GPL (gaz de pétrole liquéfié) ou à des solutions modernes de cuisson freine la transition énergétique.
Biomasse et activités productives : moteur économique ou menace environnementale ?
Au Burkina Faso, la biomasse n’est pas uniquement utilisée à des fins domestiques. Elle joue également un rôle clé dans plusieurs secteurs économiques. Le brassage de la bière locale (dolo), avec plus de 3 500 brasseries recensées à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, représente une activité économique importante au Burkina Faso. Cependant, la production de cette bière locale consomme des quantités massives de bois de chauffage, contribuant à la dégradation environnementale. Pour y remédier, le projet FAFASO (Foyers Améliorés au Burkina Faso) a introduit des foyers performants pour les brasseurs, comme le foyer à boue amélioré Foyer dolo Roumdé, capable de réduire la consommation de bois de 60 à 80 % par rapport aux foyers traditionnels. Il y a aussi le séchage de produits agroalimentaires, pour lequel, le projet BioStar illustre parfaitement l’utilisation productive et durable de la biomasse. Cette initiative a permis d’introduire des séchoirs bioénergétiques fonctionnant avec des coques de noix de cajou, un déchet agricole local, pour sécher des mangues. Une entreprise burkinabè, AgroBurkina, a déjà adopté cette technologie, réduisant ainsi sa consommation de bois tout en augmentant sa productivité. Enfin, dans le secteur industriel, bien que la consommation d’électricité soit plus marquée, certaines industries continuent de s’appuyer sur la biomasse pour des besoins thermiques, contribuant à la pression sur les ressources.
Le défi pour le Burkina Faso ou de la CEDEAO dans son ensemble, réside dans la mise en place d’un système énergétique équilibré, alliant préservation des ressources naturelles, accès à l’énergie moderne et développement économique. La Politique actualisée de l’énergie de la CEDEAO adoptée en 2023 propose plusieurs pistes, notamment la Modernisation des infrastructures énergétiques, le renforcement des capacités locales et les sensibilisation et formation à travers une éducation des populations sur les avantages des énergies propres et modernes. Perspectives énergétiques de la CEDEAO 2024 marquent une étape importante dans la planification stratégique du secteur énergétique en Afrique de l’Ouest. Dans un contexte marqué par le changement climatique et la pression sur les ressources naturelles, l’avenir énergétique du Burkina Faso dépendra de sa capacité à mobiliser ses ressources, à innover et à impliquer toutes les parties prenantes dans cette transition cruciale.
Etienne Lankoandé

