À l’aube de ses 25 ans, l’Association des Femmes du Secteur Minier du Burkina Faso (AFEMIB) continue de jouer un rôle déterminant dans l’amélioration des conditions de vie des femmes dans l’industrie minière. Dans une interview avec Le Minier, Dabo Sirinatou, Vice-Présidente de l’AFEMIB, coordonnatrice des affaires institutionnelles au sein de l’entreprise IAMGOLD Essakane SA, revient sur les réussites marquantes de 2024, les défis rencontrés et les projets ambitieux pour 2025, notamment la célébration de cet anniversaire significatif. Un parcours jalonné d’actions et de partenariats en faveur de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes, avec un avenir prometteur pour la gent féminine dans le secteur.
Le Minier : Pourriez-vous nous rappeler l’objectif principal de l’AFEMIB ?
Dabo Sirinatou : L’AFEMIB a pour vocation de renforcer les capacités des femmes afin de leur permettre de jouer un rôle actif et d’accroître leur représentativité dans le secteur minier au Burkina Faso. Cette mission vise à répondre à leurs besoins spécifiques sur le plan économique et social tout en oeuvrant à réduire les inégalités dans ce domaine. Notre engagement se traduit par l’intégration de la dimension genre dans toutes les dynamiques liées au développement du secteur minier.
Le Minier : Quels sont les axes stratégiques que vous avez définis pour 2024 ?
Dabo Sirinatou : Nous avons identifié trois grandes priorités pour l’année 2024. Premièrement, nous nous concentrons sur l’amélioration des conditions de vie des femmes dans le secteur minier, notamment en soutenant leur autonomisation, qu’il s’agisse des femmes directement impactées par l’activité minière ou de celles qui travaillent dans l’exploitation artisanale. Nous voulons également promouvoir l’expertise féminine dans les industries minières. Ensuite, nous avons à coeur de renforcer le leadership de l’AFEMIB en améliorant sa visibilité, en consolidant nos partenariats et en influençant les politiques publiques. Enfin, nous souhaitons perfectionner notre gouvernance interne et renforcer les capacités de notre association pour mieux répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés.
Le Minier : Combien de membres actifs compte votre association actuellement ?
Dabo Sirinatou : À ce jour, l’AFEMIB compte environ 130 membres actifs, ce qui témoigne d’un engagement collectif solide malgré les contraintes de chacun.
Le Minier : Quelles ont été vos réalisations les plus marquantes en 2024 ?
Dabo Sirinatou : En 2024, nous avons mené plusieurs initiatives importantes avec l’appui de nos partenaires. Parmi celles-ci, la promotion de l’égalité des genres et de l’inclusion sociale dans les communautés minières artisanales des régions Centre-Ouest et Plateau Central figure en bonne place. Nous avons également formé 500 femmes et jeunes issus de dix localités sur des activités génératrices de revenus. De plus, la Journée internationale des femmes du secteur minier, que nous avons célébrée en juin 2024, a été l’occasion d’organiser des événements de sensibilisation et de mobilisation. Enfin, nous avons poursuivi notre plaidoyer en faveur d’un quota de 30 % du Fonds Minier de Développement Local et mené des rencontres participatives avec des communautés dans plusieurs communes comme : Bagassi, Boudry, Gogo, Houndé et Mogtedo.
Le Minier : Parmi toutes ces actions, lesquelles ont eu le plus grand impact ?
Dabo Sirinatou : Deux initiatives ressortent particulièrement cette année. La première concerne le renforcement des capacités de 500 femmes et jeunes sur des activités génératrices de revenus dans plusieurs localités. La deuxième est la célébration de la Journée internationale des femmes du secteur minier, qui a permis de mettre en lumière leur contribution essentielle.
Le Minier : Avez-vous rencontré des obstacles lors de la mise en oeuvre de vos activités ?
Dabo Sirinatou : Oui, nous avons fait face à plusieurs défis, mais grâce au soutien de nos partenaires, notamment le Projet d’appui au renforcement de la gestion du foncier et des mines (PARGFM), nous avons pu les surmonter. Parmi les difficultés, on peut citer le manque de ressources pour motiver nos membres bénévoles, l’impossibilité de mettre en place un secrétariat exécutif faute de moyens financiers, ainsi que l’insuffisance de fonds pour assurer le fonctionnement optimal de notre bureau.
Le Minier : Quels partenariats avez-vous établis ou renforcés en 2024 ?
Dabo Sirinatou : Cette année, nous avons consolidé plusieurs partenariats clés. Par exemple, nous travaillons avec le ministère de l’Énergie et des Mines ainsi qu’avec l’Ambassade du Canada, qui nous accompagne depuis 2019. Nous collaborons également avec l’Ambassade de France, les sociétés minières comme IAMGOLD Essakane SA ou Endeavour, et d’autres organisations telles que la Coalition burkinabè des défenseurs des droits humains (CBDDH) et la GIZ.
Le Minier : Comment évaluez-vous l’implication de vos membres dans vos activités ?
Dabo Sirinatou : Nos membres, étant pour la plupart employés sur des sites miniers, disposent de peu de temps libre, ce qui rend leur disponibilité un véritable défi. Malgré cela, leur implication reste satisfaisante, car ils s’efforcent de participer activement en s’organisant durant leurs périodes de repos.
Le Minier : Quels enseignements tirez-vous de cette année écoulée ?
Dabo Sirinatou : Cette année nous a appris que la régularité de nos actions peut avoir un impact significatif sur la vie des femmes dans le secteur minier. Cela nous motive à poursuivre nos efforts, malgré les contraintes financières auxquelles nous sommes confrontés.
Le Minier : Quels sont vos besoins en termes de ressources humaines, financières ou techniques pour atteindre vos objectifs futurs ?
Dabo Sirinatou : Du fait des contrats de travail liant nos membres aux sociétés minières la difficulté de leur disponibilité tout le temps pour la préparation des missions et leur exécution sur le terrain est un véritable défi pour la bonne marche de l’AFEMIB. Pour ce faire, nos textes ont prévus la mise en place de secrétariat exécutif pour appuyer le bureau dans ses tâches. L’opérationnalisation du secrétariat n’est pas encore effective du fait du manque de moyens financiers pour faire face aux charges fixes. Nous espérons grâce à l’appui de nos partenaires avoir le financement nécessaire pour rendre son fonctionnement effectif.
Le Minier : Avez-vous des stratégies de plaidoyer spécifiques pour améliorer les politiques publiques en faveur des femmes dans le secteur minier ?
Dabo Sirinatou : Au regard du bas taux de représentativité des femmes dans le secteur minier, l’AFEMIB entend continuer sa plaidoirie auprès des décideurs politiques surtout pour le rehaussement du taux d’employabilité et de représentativité des femmes dans ce secteur y compris les activités connexes. Avec l’adoption de la loi sur le contenu local, un plaidoyer pour la prise en compte systématique des femmes au niveau des postes sur les mines est fait par l’AFEMIB auprès des responsables des sociétés minières.
Le Minier : Quels sont vos projets prioritaires pour 2025 ?
Dabo Sirinatou : En 2025, nous prévoyons de renforcer les capacités des femmes en leur proposant des formations adaptées et en les équipant pour développer des activités génératrices de revenus. Nous voulons également améliorer la gouvernance des coopératives féminines créées cette année et sensibiliser les travailleurs miniers aux droits humains et aux violences basées sur le genre. Enfin, nous célébrerons les 25 ans de l’AFEMIB pour valoriser les actions réalisées depuis sa création.
Le Minier : Comment envisagez-vous de financer ces projets ?
Dabo Sirinatou : Le financement demeure un défi majeur. Nous comptons sur nos partenaires actuels et potentiels pour soutenir nos projets, en leur présentant des termes de référence détaillés afin de les convaincre de l’importance de nos initiatives.
Le Minier : Comment le public peut-il contribuer à vos actions ?
Dabo Sirinatou : Le public peut nous soutenir en partageant nos messages, en participant à nos campagnes de sensibilisation et en plaidant à nos côtés pour l’amélioration des politiques publiques en faveur des femmes dans le secteur minier, notamment sur l’instauration d’un quota de 30 % dans le Fonds Minier de Développement Local.
Le Minier : Quels aspects de votre fonctionnement aimeriez-vous améliorer ?
Dabo Sirinatou : Nous souhaitons renforcer notre stratégie de communication pour mieux faire connaître nos réalisations et nos projets. Cela nous aiderait à attirer davantage de partenaires et de financements pour poursuivre nos activités.
Soutoungnoma

