La raffinerie d’Aliko Dangote, présenté comme un symbole majeur pour l’indépendance énergétique du Nigéria, se heurte déjà aux difficultés actuelles des chaînes d’approvisionnement mondiales. Prévue pour alimenter le pays en carburant dès la mi-août, la distribution par camions-citernes a été retardée en raison de difficultés liées aux fournisseurs chinois.
Selon Devakumar Edwin, vice-président de Dangote Industries Ltd., seuls 15% des 4 000 camions-citernes commandés ont pu être livrés, la ‘’disponibilité insuffisante de navires chinois » ayant empêché le transport simultané des équipements. Résultat, le calendrier initial de déploiement a glissé, même si les livraisons devraient ‘’commencer bientôt ».
Une intégration verticale assumée
L’investissement colossal de 469 millions de dollars dans une flotte dédiée s’inscrit dans la logique industrielle d’Aliko Dangote de contrôler l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la distribution. Cette approche, déjà éprouvée dans le ciment et le sucre, permet au groupe de contourner les puissants syndicats de chauffeurs et de livrer directement aux distributeurs.
Dans le cas du carburant, la stratégie vise aussi à générer des économies logistiques estimées à 1 000 milliards de nairas par an (651 millions de dollars). En s’appuyant sur une flotte roulant au gaz naturel, moins coûteux et moins polluant, Dangote espère réduire la pression inflationniste induite par les frais de transport.
La majorité du carburant raffiné continuera d’être expédiée par voie maritime vers les dépôts du sud du Nigéria, avant d’être redistribuée vers l’intérieur du pays. Mais l’utilisation d’une flotte intégrée change la donne, en particulier pour l’approvisionnement des États du nord.
Cette montée en puissance suscite néanmoins des critiques. Plusieurs associations de détaillants et groupes de pression accusent le magnat nigérian de tendre vers une position monopolistique dans un secteur stratégique. Derrière l’argument de l’efficacité logistique, certains redoutent une concentration excessive de pouvoir économique dans les mains d’un seul acteur.
Au-delà du cas Dangote, cet épisode illustre la dépendance des économies africaines aux chaînes logistiques mondiales, en particulier vis-à-vis de la Chine. Le retard des camions souligne combien les ambitions locales, même soutenues par des investissements massifs, restent vulnérables aux aléas de l’approvisionnement international.
Pour Aliko Dangote, ce contretemps n’est sans doute qu’une parenthèse dans un projet titanesque. Mais il rappelle que la souveraineté énergétique ne se limite pas à produire, elle dépend aussi de la capacité à maîtriser les infrastructures de distribution.


