Parler de bras de fer entre l’Etat malien et la compagnie minière Barrick Gold serait un euphémisme. Si c’était dans le langage militaire, on dira que l’artillerie lourde sortie par le régime du général d’armée Assimi Goïta a fait battre en retraite la mine canadienne. En effet, la société minière qui exploite le site aurifère de Loulo-Gounkoto à l’Ouest du Mali, a annoncé le 14 janvier dernier, suspendre ses opérations. Elle avance le fait qu’elle n’est pas autorisée à expédier l’or du complexe minier et la mise en exécution de l’ordonnance de saisie conservatoire du stock d’or émise par la justice. Le gouvernement malien a procédé à la saisie du stock d’or qu’il a transféré à une banque dépositaire. Même si la société n’a pas communiqué sur la quantité d’or saisie, elle serait estimée à trois tonnes. La pomme de discorde entre les deux partenaires, l’Etat et Barrick Gold découle de la volonté des autorités maliennes d’obtenir une part importante des revenus générés par les activités extractives dont celle du complexe souterrain et à ciel ouvert de Loulo-Gounkoto. En octobre passé, les ministères maliens des Finances et des Mines accusaient déjà la société canadienne pour non-respect ces engagements pris et dont le début de mise en oeuvre effective était prévu pour le 04 octobre 2024. Des accusations balayées du revers de la main par Barrick Gold, puisque la société révélait avoir versé 50 milliards de FCFA dans le cadre des négociations en cours. Comme dans une guerre, chacun affutant ses armes, le terrain commandant la manoeuvre, quatre agents de Barrick Gold seront inculpés par la justice et un mandat d’arrêt lancé contre le Président directeur général de la compagnie et son directeur général malien en novembre dernier pour blanchiment de capitaux. Ce ne sont pas les menaces de la société minière qui feront fléchir les Cinq généraux du Mali. Puisque l’or sera saisi, enlevé et héliporté. Mais, tout n’est pas encore perdu, les deux parties sont disposées, plutôt Barrick Gold disposé à un règlement à l’amiable qui garantisse la viabilité du complexe à long terme. Même si la société a saisi les instances internationales sur la question. Cette guerre froide devenue ouverte entre l’Etat malien qui détient 20% des actions et l’industriel canadien, remonte à 2023. Ce, au sujet d’un contrat basé sur de nouvelles règles d’exploitation minière. Ce n’est pas pour rien que cette mine dans l’Ouest du Mali est objet de tensions entre anciens partenaires. Le site de Loulo-Gounkoto contribue à plus d’un tiers des exportations formelles d’or du pays, générant 278 milliards de FCFA aux paiements du gouvernement en 2023 selon l’Initiative pour la transparence des industries extractives. Barrick Gold qui emploie 8000 personnels sans compter les sous-traitants de la mine devrait produire selon l’Etat malien plus d’un milliard de dollars de recettes minières d’ici à fin-mars. Ainsi, la bataille en cours s’inscrit dans la logique de la rhétorique souverainiste qui est ambiante dans les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Logique qui voudrait que leur pays ne soit plus le terrain de prédilection de grandes firmes industrielles avec un esprit paternaliste. Surtout que la Défense des intérêts vitaux du peuple malien, est le 3e axe de la gouvernance de la Transition malienne. Aujourd’hui, ce sont les intérêts des populations qui doivent être mis en avant dans ce pays. S’agissant du Mali, l’or participe au budget national à hauteur de 25% et constitue 75% des recettes d’exportations du pays.

Nous avions dit dans nos éditos précédents que s’agissant de l’exploitation minière, les multinationales ne devraient pas être plus fortes que nos Etats. Le temps est venu de mettre fin à la complicité de certaines de nos autorités avec ces sociétés d’exploitations au détriment des intérêts de nos populations. Si nos pays sont à la traine, c’est bien à cause de nos fils et filles qui ont pris à un moment les rennes du pouvoir, et qui ont résumé le pouvoir à leur petite personne pour la politique du ventre et du bas ventre en complicité avec les multinationales. C’est pourquoi nous osons croire que la démarche actuelle souverainiste sera sans complaisance face à toute multinationale, qu’elle soit russe, française, turque, canadienne, australienne, etc. Puisqu’aucune de ces sociétés minières n’est en mission de bon samaritain dans nos pays mais dans la recherche effrénée de gain. Cette lutte ne sera payante que si les souverainistes engagent à leur sein des actions vigoureuses contre ceux devenus amis de la corruption, de la mal gouvernance qui trouvent en l’Etat non pas un bien commun à co-construire mais une vache à lait à traire. Il n’y aura pas de développement pour nos pays, tant qu’ils seront gangrénés par la corruption, le clientélisme, sans une petite dose d’intégrité. Ce n’est pas par le discours que l’on parviendra à changer les choses mais par l’éducation à travers des valeurs civiques. Ni haine, ni rancune, c’est de la fermeté face à tous ceux qui veulent exploiter le peuple malien. Cela doit concerner aussi ceux de l’intérieur qui contribuent à spolier les richesses de nos sous-sols. Il faudra un jour dire comme Trump, First Mali, First Burkina, First Niger. Le Mali aux Maliens.

