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    BURKINA FASO : du percepteur au stratège, l’Etat s’affirme comme maître d’œuvre de son destin minier (analyse)

    LE MINIER PLUSPar LE MINIER PLUS12 mars 2026Updated:19 mars 2026Aucun commentaire6 Min. Lecture
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    BURKINA FASO : DU PERCEPTEUR AU STRATEGE, L’ÉTAT S’AFFIRME COMME MAITRE D’ŒUVRE DE SON DESTIN MINIER (analyse)

    Longtemps cantonné au rôle de simple percepteur de taxes et de dividendes, le Burkina Faso amorce un virage historique vers une souveraineté économique accrue. Face à l’importance mondiale des ressources stratégiques et aux défis sécuritaires nationaux, le pays délaisse sa posture de spectateur pour devenir un acteur central de l’exploitation de son sous-sol. Entre nationalisations ciblées, montée au capital et renforcement d’une entreprise minière nationale, cette nouvelle stratégie vise à transformer les richesses naturelles en un véritable levier de développement industriel et social. Toutefois, la réussite de ce modèle ambitieux repose désormais sur la capacité de l’État à mobiliser des financements massifs, à garantir une gouvernance transparente et à s’entourer de compétences techniques de haut niveau. Dans cet article, la rédaction du journal Le minier, en collaboration avec Franck Abel ZOUNGRANA, spécialiste en études stratégiques et analyste spécialisé en sécurité-défense et géopolitique du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, vous propose sa lecture de cette nouvelle posture de l’Etat Burkinabè..

    L’Éveil d’un Géant : Le Potentiel Minier au Cœur des Enjeux Mondiaux

    Les ressources minières stratégiques occupent aujourd’hui une place centrale dans l’économie mondiale, notamment en raison de leur rôle déterminant dans la transition énergétique, les technologies de pointe et les industries de défense. Dans ce contexte marqué par une forte demande et une concentration géographique des réserves, les enjeux économiques et géopolitiques se sont considérablement renforcés. À l’instar de plusieurs États sahéliens, le Burkina Faso dispose d’un potentiel minier significatif. Si l’or demeure la principale ressource exploitée, le sous-sol national recèle également d’autres substances susceptibles de revêtir un caractère stratégique à moyen et long terme. Depuis plusieurs décennies, le secteur minier constitue l’un des piliers de la croissance économique nationale, avec une production industrielle soutenue et un important tissu d’exploitation artisanale. Toutefois, cette dynamique ne s’est pas traduite par une transformation structurelle profonde ni par un impact proportionné sur le développement national.

    Jusqu’à une période récente, le rôle de l’État se limitait essentiellement à la perception de taxes, de redevances et de dividendes modestes, tandis que les opérateurs étrangers conservaient le contrôle des décisions stratégiques. Cette situation évolue désormais. Le Burkina Faso s’engage dans une nouvelle phase, marquée par la volonté affirmée de l’État de devenir un acteur central et stratégique de l’exploitation de ses ressources minières.

    De Spectateur à Maître d’Œuvre : La Fin de l’Ère de la Passivité

    Le Burkina Faso vit désormais une phase charnière et ne veut plus être un spectateur dans l’exploitation de ses propres ressources. L’heure est à la nationalisation partielle, à la participation stratégique et à la construction d’un modèle minier plus souverain, plus inclusif et plus résilient avec comme objectif de transformer l’État de simple régulateur et percepteur en acteur économique à part entière. Le choix d’une plus grande participation de l’État dans le secteur minier repose sur plusieurs raisons essentielles : rentabilité, sécurité et développement. 

    D’abord, cela permet au pays de mieux profiter de ses ressources, en contrôlant la quantité de minerai extrait, les coûts et les revenus générés. Ensuite, cette approche vise à limiter la dépendance vis-à-vis des entreprises étrangères, pour assurer la continuité des activités, même en cas de crise. Elle contribue également à renforcer la sécurité des sites miniers, dans un contexte où l’or peut financer certains groupes terroristes. Enfin, cette stratégie encourage le développement industriel du pays grâce à un secteur minier intégré, incluant la formation, les services techniques, le raffinage local et la création d’infrastructures. 

    Le Triptyque de la reconquête : Nationalisation, Capital et Expertise Nationale

    Nouvelles orientations : nationalisation ciblée et montée au capital. Le Burkina Faso, à l’instar de plusieurs pays africains, adopte une stratégie visant à renforcer le rôle de l’État dans le secteur minier. Cette approche repose sur trois principaux axes : la nationalisation de certaines mines stratégiques, l’augmentation de la part de l’État dans le capital des sociétés minières, et la création ou le renforcement d’une entreprise minière nationale.

    D’abord, l’État reprend le contrôle de certaines mines jugées importantes, notamment celles qui sont abandonnées ou en difficulté, afin d’assurer la sécurité et la continuité des activités. Ensuite, il investit davantage dans les sociétés minières, au-delà de ce que prévoit le code minier, pour être un partenaire stratégique dans les nouveaux projets. Enfin, il met en place ou développe une entreprise minière nationale capable d’exploiter directement des gisements, de soutenir les acteurs locaux et de mieux valoriser les ressources sur place. L’objectif de cette nouvelle orientation stratégique est de permettre à l’État de passer du rôle de simple superviseur à celui d’acteur central de l’économie minière.

    Malgré ses ambitions, cette nouvelle orientation stratégique présente d’importants défis à relever. Le premier concerne le financement, car les projets miniers exigent des investissements considérables. Pour y faire face, il est nécessaire de mettre en place des partenariats stratégiques solides et de renforcer la diplomatie économique du pays. Un second défi est lié aux capacités techniques et managériales : la réussite et la durabilité des opérations minières ne peuvent être garanties que par la mobilisation de compétences pointues et une gestion rigoureuse. Enfin, la question de la gouvernance et de la transparence s’avère centrale pour éviter toute dérive et assurer le respect des standards internationaux, notamment en matière de responsabilité sociale et environnementale. Pour surmonter ces obstacles, il sera indispensable d’adopter un mode de gestion exemplaire, de former les ressources humaines et de s’ouvrir à des collaborations internationales porteuses de savoir-faire et de financements adaptés. 

    Un Nouveau Pacte : Vers un Partenariat Équilibré et Durable

    Le Burkina Faso se trouve à un tournant décisif de son histoire minière. En optant pour une participation accrue et stratégique de l’État, le pays pose les bases d’un modèle fondé sur la souveraineté économique, la valorisation nationale des ressources, une gouvernance plus équilibrée et un partage plus équitable des bénéfices. Cette évolution ne marque pas une rupture avec les investisseurs étrangers, mais leur intégration dans un cadre de partenariat plus équilibré, où l’État burkinabè s’affirme comme un coacteur pleinement engagé dans la gestion et la valorisation de ses richesses naturelles.

    Toutefois, la nationalisation et la participation accrue de l’État dans les sociétés minières s’inscrivent dans une logique de souveraineté affirmée. Face aux défis sécuritaires, économiques et politiques, le Burkina Faso choisit désormais d’occuper la place qui lui revient : celle du maître d’œuvre de l’exploitation de ses richesses naturelles. Dans ce nouveau chapitre, l’État ne veut plus être un acteur passif mais un pilier, un stratège, un bâtisseur d’avenir. La transformation du secteur minier burkinabè dépendra de la capacité à conjuguer ambition souveraine, bonne gouvernance, innovation et partenariats solides. Le chantier est immense, mais la trajectoire est désormais clairement tracée.

    La Rédaction. En collaboration avec Franck Abel ZOUNGRANA, analyste stratégique spécialisé en sécurité-défense et géopolitique du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. franck_zoungrana@hotmail.fr 

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