En marge de la 3ᵉ édition du Forum – Mine de la Chambre des Mines du Burkina, « Le Minier » a rencontré en exclusivité Amadou Sanoussi DAFÉ, président du Réseau des Artisans Miniers de l’AES (RAM-AES). Santé, sécurité au travail, protection de l’environnement, professionnalisation des artisans, souveraineté économique… Dans cet entretien, il expose la vision du Réseau et lance un appel aux autorités, aux partenaires et aux artisans miniers.
Le Minier : Quelle place occupent aujourd’hui la santé, la sécurité et l’environnement dans la vision stratégique du Réseau des Artisans Miniers de l’AES ?
Amadou Sanoussi DAFÉ : Permettez-moi d’abord de remercier les organisateurs de ce forum qui nous donnent l’occasion de nous exprimer et de présenter le Réseau des Artisans Miniers de l’AES. Pour répondre à votre question, je dirais que la santé, la sécurité et l’environnement sont au cœur de notre vision. C’est tout simplement une question de survie. Au niveau du RAM-AES, nous voulons bâtir un artisanat minier responsable, un artisanat qui respecte les bonnes pratiques en matière de santé, de sécurité au travail et de protection de l’environnement.
Aujourd’hui, l’artisan est confronté à de nombreux risques à savoir la poussière, le mercure, le bruit, les accidents de travail… Toutes ces réalités ont des conséquences sur sa santé. C’est pourquoi nous insistons sur le respect des normes, l’utilisation des équipements de protection et l’application des règles de sécurité sur les sites.
Sur le plan environnemental également, nous encourageons la réhabilitation des sites, le reboisement, le remblayage des fosses et la réduction de l’utilisation des produits chimiques, notamment le mercure et le cyanure. Malgré les difficultés que connaît notre secteur, nous sommes convaincus que notre survie passe par l’adoption de ces bonnes pratiques.
Le Minier : Quelles sont justement les bonnes pratiques que vous souhaitez encourager auprès des artisans miniers de l’espace AES ?
Amadou Sanoussi DAFÉ : Les bonnes pratiques, c’est ce qui fait la différence entre un artisanat minier traditionnel et un artisanat minier responsable. Nous voulons des artisans qui travaillent dans le respect des règles de santé, de sécurité et de protection de l’environnement.
Notre mission, en tant que Réseau, est d’accompagner les organisations nationales, de faire du plaidoyer auprès des partenaires et des autorités, mais surtout de sensibiliser les artisans afin qu’ils adoptent une bonne gouvernance et respectent les normes de santé et de sécurité au travail.
Le Minier : Existe-t-il des expériences réussies qui pourraient être partagées à l’échelle de l’AES ?
Amadou Sanoussi DAFÉ : Oui, bien sûr. Je peux prendre l’exemple des coopératives. Au Mali, nous avons mis en place près de 350 coopératives dans plusieurs régions minières. Elles sont aujourd’hui regroupées en fédérations puis au sein d’une confédération. Cette organisation facilite énormément la formation des artisans, la diffusion des informations et l’application des réglementations. Aujourd’hui, nous disons clairement que l’exploitation individuelle ne peut plus répondre aux défis actuels. Il faut travailler ensemble, parce que c’est dans l’organisation que l’on obtient de meilleurs résultats.
Le Minier : Comment le RAM-AES compte-t-il accompagner la professionnalisation et la formalisation de l’artisanat minier ?
Amadou Sanoussi DAFÉ : Le Réseau accompagne les organisations faîtières des trois pays membres. Notre rôle n’est pas d’intervenir directement sur les sites miniers, mais d’appuyer les structures nationales. Nous agissons à travers la formation, la sensibilisation, le partage d’expériences et le renforcement des capacités. Nous travaillons également sur les questions liées aux bonnes pratiques, à la santé, à la sécurité au travail et lorsque c’est possible, à l’accès aux équipements adaptés. Des rencontres comme ce forum sont très importantes. Elles permettent à chacun d’apporter son expérience et d’apprendre des autres afin de renforcer les capacités de nos artisans.
Le Minier : Quelles sont vos priorités pour les prochaines années ?
Amadou Sanoussi DAFÉ : Le Réseau est encore jeune. Notre priorité est maintenant de l’implanter solidement dans chacun des trois pays membres de l’AES, avec des antennes fortes et des relais efficaces. Nous voulons faire connaître davantage le RAM-AES, diffuser les bonnes pratiques et accompagner les organisations nationales vers une meilleure gouvernance. Notre ambition est de construire un artisanat minier plus professionnel, plus sûr et plus durable.
Le Minier : parlez-nous justement de l’implantation du RAM-AES dans les trois pays membres ?
Amadou Sanoussi DAFÉ : Absolument. Nous voulons que le Réseau soit solidement implanté dans les trois pays afin que les organisations nationales puissent travailler ensemble autour d’une même vision. Nous faisons tous face aux mêmes défis. C’est pourquoi nous avons décidé de nous unir, dans l’esprit de la vision portée par les chefs d’État de l’AES. Nous sommes convaincus que les ressources minières de nos pays doivent davantage contribuer à notre souveraineté économique. L’artisanat minier est une activité profondément locale. Les richesses qu’il génère profitent directement aux villages, aux communes et aux régions.
L’orpaillage existe depuis des siècles et continuera d’exister. On ne l’empêchera pas. La vraie solution, c’est de mieux l’encadrer, de mieux le structurer et de mieux l’organiser. C’est à cette condition qu’il deviendra un véritable levier de développement pour nos États et pour les communautés.
Le Minier : Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités, aux partenaires et aux artisans miniers ?
Amadou Sanoussi DAFÉ : Je commencerai par les autorités. Nous comptons énormément sur leur accompagnement. L’exploitation minière artisanale a besoin d’être mieux organisée, mieux structurée et mieux encadrée. Lorsqu’elle est bien accompagnée, elle représente une véritable économie capable de contribuer fortement au développement de nos États. J’aimerais également lancer un appel aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’au secteur industriel. L’industrie minière et l’artisanat minier ne doivent pas s’opposer. Au contraire, ils sont complémentaires. Ensemble, nous pouvons relever les défis liés à la santé, à la sécurité au travail et à la protection de l’environnement. Enfin, à mes frères artisans, je voudrais dire ceci : faisons preuve de discipline, de rigueur et respectons les réglementations. Engageons-nous résolument dans la formalisation, la structuration en coopératives et en fédérations. Plus nous serons organisés, plus nous serons crédibles auprès des autorités et mieux notre contribution au développement sera reconnue.

